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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 16:53

 

 

 

Il faut se lever tôt.

 -D’accord pour les champignons, mais si c’est pour passer derrière les autres avait dit  Alex, pas question. La grasse matinée ce ne serait pas pour ce dimanche. Debout six heures.

Tu as rejoint la bande joyeuse à l’entrée du village, avec un bon quart d’heure de retard sous les quolibets. La forêt n’est pas loin et la marche compacte des souffleurs de brouillard armés de bâtons, a tôt fait d’atteindre le petit bois sous lequel chacun a son coin. Déposé les sacoches de casse-croûte sous le grand chêne centenaire au tronc gravé  de signes, initiales et cœurs, d’au moins  la moitié des présents faisant semblant d’ignorer les témoins de jeunesse. Il en va de la tranquillité des ménages des uns et de la mélancolie des autres…

Chacun s’égaye dans sa direction, quelques uns par couple. Vite les oiseaux reprennent leurs chants.  Les chasseurs de girolles, ceps et trompettes de la mort le dos cassé en deux, le bâton en avant fouillant la mousse sous laquelle se recroqueville les champignons persécutés.

Gigi la première annonce de loin

-Un cep, j’ai trouvé un cep !

Auquel Alex répond par l’autre coté du bois

-Tu parles, j’ai déjà un bon kilo de girolles

C’en est fini du silence. Les interpellations vont succéder aux éclats de rire et aux refrains de chansons, les petits cris de surprises par la découverte espérée où pour un baiser volé, aux déceptions, mêlés et confondues.

Le sous-bois se met à résonner comme des bains douches en plein air.

Toi tu ne trouves aucun champignon. Ton errance solitaire t’éloigne plus encore de la belle équipe. Tu te mets à espérer l’heure du casse croûte en débouchant dans une clairière inconnue où depuis longtemps oubliée.

La brume a disparue, un chevreuil te regarde de l’autre coté de cette flaque lumineuse. Vous restez tout a fait immobiles à vous observer. Espace sacré de paix, de beauté pendant lequel le temps est aboli. Tu comprends que tu ne seras jamais chasseur.  Puis pour le cri d’un passereau où le claquement quelque part d’une branche l’élégant animal d’un bon disparaît dans le sous- bois.

Tu fixes longuement le point d’effacement merveilleux, puis tu t’assois, d’un seul coup très mélancolique sans savoir pourquoi. Au bord de ta main gauche il y a ce trèfle a quatre feuilles que tu ne cueilles point.

-Casse-croûte ! Lance alors Dany, confirmé trois fois par l'écho.

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Published by haira - dans journal intime
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commentaires

dzovinar 01/12/2011 17:50

C'est étonnant comme bien souvent l'évocation de promenades avec ou sans but dans les bois, se fait sur un ton mélancolique ; sans doute le regret d'époques plus insouciantes, quand la vie n'avait
pas encore griffé le coeur, ni laissé de profondes blessures ... J'ai beaucoup aimé ce texte.

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  • : Henri Aram Hairabédian de midi à minuit : le sculpteur dans son atelier, le romancier à sa table de travail vous fait partager ses recherches, ses émotions et cette petite fleur dans vos sourires. L'artiste s'épanouit au quotidien par ses sculptures - pierres de garrigue, marbres - et l'écriture de ses textes - romans, poésies, nouvelles.
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